Amiante : 20 ans après, toujours pas de procès

4 Novembre 2016
Source : http://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/amiante-20-ans-apres-toujours-pas-proces-1103799.html

20ansapres

Il y a ceux qui en meurent, ceux qui pleurent un père ou un mari emportés par les ravages de cette petite fibre, ceux qui souffrent, ceux qui sont dans le stress que la maladie, le mésothéliome, s'installe... 20 ans après son interdiction, l'amiante fait toujours mal. Et toujours pas l'ombre d'un procès pénal en vue. Aujourd'hui, l'Andeva, l'association nationale des victimes de l'amiante, appelait à manifester à Paris. Comme chaque année. Car l'amiante, ce n'est pas fini.

" 100 000 MORTS, ZÉRO RESPONSABLE ! "

Les victimes et familles de victimes se mobilisent pour un procès pénal où" tous les responsables devront être jugés et punis, pour une juste indemnisation des préjudices causés par la maladie ou le deuil et pour une politique publique qui fasse de la prévention et de la recherche des priorités nationales. Un procès pénal pour juger tous les responsables et des indemnisations équitables".

Cet été, en Italie, un tribunal correctionnel a condamné à des peines de prison une douzaine de hauts dirigeants d’Olivetti (dont un ancien ministre), suite aux décès d’ouvriers tués par l’amiante. Quelques jours plus tard, la cour constitutionnelle italienne a renvoyé devant les juges de Turin le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, PDG d’Eternit, qui croyait pouvoir échapper aux poursuites pénales.

Mais l'Italie n'est pas la France..." 100 000 morts, zéro responsable ! ", c'est un des slogans de l'association. Un slogan ? Pas seulement. Car les faits sont têtus. Dans la région, la vallée de la Ver autour de Condé-sur-Noireau dans le Calvados a été tristement rebaptisée la Vallée de la mort...1 500 victimes estimées... Il y a aussi les Constructions Mécaniques de Cherbourg. Là-bas, les épouses lavaient les bleus de travail amiantés des maris...

" Si l’instruction avance si lentement et se heurte à tant d’obstacles, c’est d’abord parce que des forces puissantes dans la magistrature, l’État et le patronat convergent pour retarder ces procès au pénal et en réduire la portée." La Cour de cassation a rendu espoir aux victimes d’Amisol en cassant le non-lieu rendu pour le dernier PDG de l’entreprise. Mais elle a blanchi tous les responsables politiques et économiques dans le dossier de Condé-sur-Noireau.

Dans le dossier de Condé-sur-Noireau, la juge Bertella-Geffroy avait mis en examen des responsables de l’État et de l’administration ainsi que des membres du Comité permanent amiante (CPA). La chambre de l’instruction a annulé cette décision. La cour de cassation l’a d’abord désavouée, puis confortée, estimant finalement qu’elle avait exercé son « appréciation souveraine des faits ». Ce jugement a été ressenti comme un coup de poignard par les habitants de cette petite ville (5400 habitants) où 700 malades et 115 morts ont été recensés par l’Aldeva. Le nombre réel de victimes approche sans doute les 1500...

Le temps presse. Au fil des années, des victimes meurent les unes après les autres. Des industriels de l’amiante quittent ce monde, sans avoir jamais rendu de compte à la Justice. Si cela continue, il n’y aura bientôt plus personne à juger.