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Amiante : des victimes en mal de reconnaissance

Publié le 30 novembre 2016

Source : http://www.francetvinfo.fr/sante/affaires/scandale-de-l-amiante/amiante-des-victimes-en-mal-de-reconnaissance_1946617.html#xtor=RSS-3-[sante]

tripodePendant plus de vingt ans, près de 1.800 personnes ont travaillé dans "le Tripode" : un bâtiment de Nantes truffé d'amiante. Lorsque les opérations de désamiantage ont commencé, 350 tonnes de cette fibre dangereuse pour la santé ont été extraites. Des représentants d'anciens travailleurs sont reçus aujourd'hui au ministère de la Fonction publique pour plaider leur cause.


Le quartier du Tripode sur l'île Beaulieu à Nantes porte un nom qui rappelle son histoire. À la place des immeubles se dressait il y a quelques années un bâtiment de dix-huit étages, le Tripode. Un immeuble rempli d'amiante vidé de ses occupants en 1993 et détruit en 2005. Pendant des années, 1.800 personnes ont travaillé quotidiennement au contact de l'amiante. Premières victimes : les personnes chargées de l'entretien du bâtiment. Certaines d'entre elles souffrent aujourd'hui d'un épaississement de la plèvre et de gênes respiratoires.

Les agents du Tripode meurent six ans plus tôt

Aujourd'hui, ces anciens travailleurs se battent pour que tous les anciens du Tripode, même ceux qui ne sont pas malades, puissent partir en pré-retraite amiante et obtenir une indemnisation pour préjudice d'anxiété. Car tous vivent sous la menace de l'amiante. Un matériau présent partout.

L'intersyndicale se réunit régulièrement pour faire le point sur les dernières avancées du dossier. L'immense majorité des anciens du Tripode étaient fonctionnaires : employés de l'INSEE, du ministère des Finances ou des Affaires étrangères. Il y a quelques semaines une étude épidémiologique a montré que les anciens du Tripode meurent en moyenne six ans plus tôt que les travailleurs d'un groupe témoin.

La bataille des amiantés du Tripode

Une information qui ne fait que renforcer l'anxiété des anciens employés du Tripode mais comme ils sont fonctionnaires, ils n'ont pas les mêmes droits que les salariés d'entreprises privées touchés par l'amiante. "Les salariés du régime général, eux, peuvent bénéficier lorsqu'ils ont travaillé dans un site amianté de la réparation de leur préjudice d'anxiété, c'est-à-dire l'inquiétude générée par l'exposition à l'amiante. Or, les agents du Tripode eux ont été massivement exposés aux poussières d'amiante mais aujourd'hui, ils ne sont pas indemnisés de ce préjudice d'anxiété. C'est la raison pour laquelle nous avons agi devant les tribunaux administratifs", explique Me François Lafforgue, avocat d'anciens du Tripode.

Indemnisations, départs en pré-retraite… les salariés du Tripode veulent bénéficier des mêmes droits que les salariés du régime général. Pour eux, c'est une question d'égalité, mais aussi de dignité.



Les drones volent au secours des assureurs

Matthieu Pelloli - 06 novembre 2016
Source : http://www.leparisien.fr/


droneAlors que le métier d'expert est particulièrement accidentogène, les drones permettent d'intervenir sans risque. Evaluation en altitude, en milieu amianté ou radioactif, ces aéronefs sans pilote sont de plus en plus utilisés.


Hélices multiples, matériaux composites, fuselages bardés de diodes électroluminescentes et caméras embarquées, ils ont attiré l'oeil des curieux au Salon de l'assurance, qui se tenait hier, au palais des Congrès, porte Maillot à Paris (XVIIe). Qui ? Les drones. Le grand public les associe à la haute technologie, à l'armée (ils remplacent de plus en plus les avions de chasse pour les frappes aériennes) ou aux loisirs (ils envahissent les rayons des enseignes spécialisées). On les attendait moins dans le secteur... de l'assurance.

Et pourtant. Créée en 2014, la société Dronotec a pris son envol en proposant de faire intervenir ses drones techniques « pour repérer des infiltrations par les toits-terrasses ou en façade, prendre un relevé précis photographique d'un sinistre ou encore identifier les phénomènes de déperdition d'énergie sur les bâtiments grâce à ses caméras thermiques ».


Le secteur de l'immobilier aussi intéressé

Aujourd'hui, Dronotec se positionne d'abord en « business to business » (B2B), c'est-à-dire en proposant ses activités à une clientèle d'entreprises. Les clients sont au rendez-vous, petits comme grands. Axa, Allianz, la Maaf, la Maïf ou encore Generali, tous ont déjà eu recours aux services des drones de l'entreprise. Emilien Rose, le gérant de la SARL, est un ex-professionnel de l'assurance. Son expérience sur le terrain l'ayant convaincu qu'il existait un joli marché pour les drones dans ce secteur, il a décidé de monter son entreprise. Avec un slogan simple à destination des compagnies d'assurances : « Arrêtez de massacrer vos experts. » C'est sans doute l'un des aspects les moins connus, mais la profession d'expert d'assurance -- essentielle dans le règlement des sinistres -- est aussi particulièrement accidentogène. L'on a vite fait de passer au travers d'une toiture après un incendie, ou encore de glisser sur le sol après un dégât des eaux. Le métier offre en effet quantité d'occasions de se blesser.

« Il y a énormément d'accidents de travail dans notre secteur, confirme Emilien Rose. Pour une compagnie d'assurances, plutôt que d'envoyer un expert prendre un risque en évaluant des dégâts, il peut être intéressant d'utiliser un drone. » Tunnels de la RATP, tours de grande hauteur à La Défense, mais aussi milieux amiantés, installations nucléaires, les drones se faufilent partout sans craindre ni les particules d'amiante ni la radioactivité. « Nous travaillons via un réseau de 90 pilotes sur toute la France, détaille-t-on encore chez Dronotec. Chacun d'entre eux dispose de son propre matériel et de son homologation (NDLR : qui impose d'avoir un casier judiciaire vierge). De notre côté, nous leur fournissons la mission de captation de données. » Tarifs ? De 590 € à 2 490 € pour une mission d'une heure à une journée. La jeune entreprise sait déjà qu'elle peut compter sur des relais de croissance. Après les assureurs, c'est au tour des professionnels de l'immobilier de la solliciter de plus en plus, « pour faire de l'inspection de façades et de toitures ». La cote des drones grimpe en flèche. Et elle ne semble pas prête de retomber.

 

Amiante : 20 ans après, toujours pas de procès

4 Novembre 2016
Source : http://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/amiante-20-ans-apres-toujours-pas-proces-1103799.html

20ansapres

Il y a ceux qui en meurent, ceux qui pleurent un père ou un mari emportés par les ravages de cette petite fibre, ceux qui souffrent, ceux qui sont dans le stress que la maladie, le mésothéliome, s'installe... 20 ans après son interdiction, l'amiante fait toujours mal. Et toujours pas l'ombre d'un procès pénal en vue. Aujourd'hui, l'Andeva, l'association nationale des victimes de l'amiante, appelait à manifester à Paris. Comme chaque année. Car l'amiante, ce n'est pas fini.

" 100 000 MORTS, ZÉRO RESPONSABLE ! "

Les victimes et familles de victimes se mobilisent pour un procès pénal où" tous les responsables devront être jugés et punis, pour une juste indemnisation des préjudices causés par la maladie ou le deuil et pour une politique publique qui fasse de la prévention et de la recherche des priorités nationales. Un procès pénal pour juger tous les responsables et des indemnisations équitables".

Cet été, en Italie, un tribunal correctionnel a condamné à des peines de prison une douzaine de hauts dirigeants d’Olivetti (dont un ancien ministre), suite aux décès d’ouvriers tués par l’amiante. Quelques jours plus tard, la cour constitutionnelle italienne a renvoyé devant les juges de Turin le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, PDG d’Eternit, qui croyait pouvoir échapper aux poursuites pénales.

Mais l'Italie n'est pas la France..." 100 000 morts, zéro responsable ! ", c'est un des slogans de l'association. Un slogan ? Pas seulement. Car les faits sont têtus. Dans la région, la vallée de la Ver autour de Condé-sur-Noireau dans le Calvados a été tristement rebaptisée la Vallée de la mort...1 500 victimes estimées... Il y a aussi les Constructions Mécaniques de Cherbourg. Là-bas, les épouses lavaient les bleus de travail amiantés des maris...

" Si l’instruction avance si lentement et se heurte à tant d’obstacles, c’est d’abord parce que des forces puissantes dans la magistrature, l’État et le patronat convergent pour retarder ces procès au pénal et en réduire la portée." La Cour de cassation a rendu espoir aux victimes d’Amisol en cassant le non-lieu rendu pour le dernier PDG de l’entreprise. Mais elle a blanchi tous les responsables politiques et économiques dans le dossier de Condé-sur-Noireau.

Dans le dossier de Condé-sur-Noireau, la juge Bertella-Geffroy avait mis en examen des responsables de l’État et de l’administration ainsi que des membres du Comité permanent amiante (CPA). La chambre de l’instruction a annulé cette décision. La cour de cassation l’a d’abord désavouée, puis confortée, estimant finalement qu’elle avait exercé son « appréciation souveraine des faits ». Ce jugement a été ressenti comme un coup de poignard par les habitants de cette petite ville (5400 habitants) où 700 malades et 115 morts ont été recensés par l’Aldeva. Le nombre réel de victimes approche sans doute les 1500...

Le temps presse. Au fil des années, des victimes meurent les unes après les autres. Des industriels de l’amiante quittent ce monde, sans avoir jamais rendu de compte à la Justice. Si cela continue, il n’y aura bientôt plus personne à juger.

 

Démontrer l’origine professionnelle de mon cancer n’a pas été facile

Par Martine Lochouarn - Publié le 04/11/2016
Source : http://sante.lefigaro.fr/

cancerTÉMOIGNAGE - Daniel Margerie, 75 ans, professeur de dessin technique à la retraite depuis quinze ans, a mis deux ans pour démontrer l’origine professionnelle de son mésothéliome.

À 75 ans, Daniel Margerie pourrait couler une retraite heureuse. Tant s’en faut… En septembre 2012, son médecin l’adresse au pneumologue pour un œdème pulmonaire. Après analyse d’un prélèvement de plèvre par un centre expert, le diagnostic tombe, sévère : mésothéliome pleural malin. Autrement dit, contamination par l’amiante très hautement probable…

Plafonds floqués à l’amiante

Mais, en 2012, Daniel, ancien professeur de dessin technique, est déjà en retraite depuis longtemps. Et la bataille pour obtenir la reconnaissance de son cancer en maladie professionnelle va être rude. « Comme beaucoup de bâtiments, le lycée professionnel où j’exerçais avait des plafonds floqués à l’amiante. Régulièrement, des collègues alertaient sans succès la direction sur le risque. En 1996, le désamiantage, devenu obligatoire, a été réalisé durant l’été. Mais de la poussière subsistait lors de la prérentrée. Je pense avoir été contaminé à ce moment », raconte l’ancien professeur.

L’Éducation nationale rechigne à reconnaître sa responsabilité. « Cela m’a pris 2 ans. Démontrer, 15 ans après la retraite, l’origine professionnelle de mon mésothéliome n’a pas été facile. J’ai dû aller rechercher dans les archives du conseil général de l’Essonne les preuves de l’amiantage du bâtiment, puis passer 2 fois en commission pour obtenir la reconnaissance en maladie professionnelle. Heureusement, l’Andeva, qui défend les victimes de l’amiante, m’a aidé, soutenu, car la mutuelle de l’Éducation nationale n’a absolument pas joué son rôle de conseil. »

Fortes douleurs

Parallèlement, un premier traitement résorbe la tumeur, mais au prix d’une grande fatigue et de fortes douleurs pour s’alimenter… « Un second traitement n’ayant pas fonctionné, je suis entré dans un essai d’immunothérapie, qu’une grave péritonite m’a contraint d’interrompre. Depuis, je suis en soins palliatifs, avec de la morphine. »
Daniel regrette un peu la place assignée aux malades de l’amiante en traitement. « Ma femme et moi avons milité des années à Aides. Nous y avons vu les bienfaits de l’auto-support entre malades du sida, du vrai partage de connaissances entre malades et médecins, le soin apporté au consentement éclairé du malade… Je suis bien soigné, mais sans retrouver la qualité, l’utilité de ces échanges. » Il voulait créer un groupe de parole dans son hôpital, mais n’en a plus la force…
Avec la reconnaissance en maladie professionnelle est venue la réparation financière par le fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante et par l’Éducation nationale. « Mais cet argent ne représente rien devant la souffrance endurée. Je ne me plains pas de l’avoir reçu. Mais que voulez-vous que j’en fasse ? Je suis cloué chez moi ! »